Nice

RECIT. Depuis Nice, l’universitaire Victoria Fontan veut « continuer à être un caillou dans la chaussure des talibans »



Victoria Fontan, est la vice-présidente de l’Université américaine d’Afghanistan. Elle est rentrée en France, le samedi 21 août dernier. Elle nous raconte son rapatriement à Nice, et parle aussi de ses craintes pour les jeunes étudiants afghans.

Ce 31 août 2021, l’armée américaine a quitté l’Afghanistan. Il y a 10 jours environ, Victoria Fontan, avait quant à elle été rapatriée (par la cellule de crise de Roissy) en France avant de rejoindre Nice où elle réside. Dès le 15 août, elle exprimait son souhait de partir.

La vice-présidente de l’Université américaine d’Afghanistan (AUAF), nous raconte ses derniers jours sous le régime des talibans et les conséquences dramatiques de cette prise de pouvoir. 

Victoria Fontan est enseignante d’études sur la paix et les conflits. Noa Thomas et d’Eric Jacquet de France 3 Côte d’Azur l’ont rencontré à Nice ce 31 août.

Comment s’est déroulé votre départ ? 

« La fermeture de l’ambassade de France était notre ligne rouge. Dès qu’on l’a apprise, on a pris la décision de partir de Kaboul en même pas une heure. Je suis partie vers ce camp de sécurité avec des étudiants et des collègues, on ne voulait laisser personne sur place. On attendu d’entrer dans l’aéroport. Les Anglais m’ont alors séparé de mes étudiants, ils m’ont parlé de vérification, mais savaient que les Afghans n’étaient pas autorisés. Ils m’ont fait passer devant. C’est vraiment à l’entrée de l’aéroport que cela s’est faisait.

Jusqu’à ce mardi, j’ai essayé de tout faire pour aider ces 950 élèves de négocier avec le gouvernement américain, en vain. »

Qu’elle est la situation de ces jeunes ? 

« J’ai des étudiants qui chaque nuit dorment dans un endroit différent, qui se sentent traqués et qui savent que leurs jours sont comptés… J’ai un étudiant qui m’a avoué ne pas se demander s’il allait être tué, mais plutôt, quand il allait mourir. Il me redit « aidez-nous, ne nous laissez pas tomber… Travaillez à notre liberté de mouvement. »

Qui sont ces centaines de personnes fuyant Kaboul ?

« On a vu, cette personne accrochée à un avion américain… Il s’agissait d’un dentiste ! Ce sont des personnes éduquées, désespérées. Si la vie sous les talibans était si fantastique, il n’y aurait pas tant de personnes à vouloir fuir ce pays dans les conditions les pires. Ils méritent cette vie montrée durant ces années.

Pourquoi les abandonner et dire « nous allons continuer à négocier avec les talibans en espérant » ? Mais en espérant quoi ? « 

Votre université est donc une université en exil ? 

« C’est en effet une université en exil. En dissidence. Nous allons préserver l’héritage culturel, historique et disciplinaire que nous avons établi depuis 2006. Nous avons recompilé l’héritage depuis 500 ans, nous allons continuer à le disséminé dans nos cours et continuer à être un caillou dans la chaussure des talibans. 

On a brûlé les serveurs de l’université, tous les documents qu’on a pu prendre avant de partir, comme les listes de professeurs, d’étudiants… On ne veut surtout pas laisser d’informations sur les personnes qui ont pu nous aider. On a déconnecté tous nos comptes sur les réseaux sociaux, notre plateforme de cours en ligne (précisions données à FranceInfo le 16 août).

Nous avons dans nos programmes d’histoire, des miniatures de la grande école d’Hérat du 15e siècle. On y voit des hommes et des femmes étudier ensemble dans les cours de mosquée. Alors qu’à cette époque, on pouvait le faire, ce n’est pas la culture afghane que les talibans veulent nous vendre aujourd’hui. Dire que chacun doit être séparé. C’est ce que nous préservons et cela sera le cœur de notre action dans les prochaines années. »





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