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que sont devenus ces enfants à Haut Potentiel Intellectuel (HPI) ?

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« Zèbres », enfant intellectuellement précoce (EIP), surdoués, haut potentiel intellectuel (HPI),  les noms pour les qualifier varient mais le problème reste le même. Ces enfants différents dont les capacités devraient permettent une réussite facile se retrouvent souvent en souffrance : ennui en classe, problèmes relationnels, décalage entre leur âge affectif et leur âge intellectuel.

Pour Françoise Astolfi psychologue spécialiste des personnes haut potentiel « l’intelligence intellectuelle, cognitive est très difficile à verbaliser en France. Nous avons beaucoup de mal à trouver un vocabulaire adapté, car c’est quelque chose qui heurte encore les référents pédagogiques institutionnels à la différence des jeunes sportifs ou musiciens précoces ; c’est très franco-français de devoir correspondre à ce qu’on attend de vous. »

Cette ancienne chef d’établissement en Provence-Alpes Côte d’Azur, formatrice d’enseignants, et finalement passée de « l’autre coté » en devenant psychologue spécialisée. Elle sait de quoi elle parle : son fils a eu son bac à l’âge de 13 ans.

Francoise Astolfi se présente comme docteur en psychologie et "défenseur des intelligences atypiques et en lutte contre les exclusions intellectuelles".

Francoise Astolfi se présente comme docteur en psychologie et « défenseur des intelligences atypiques et en lutte contre les exclusions intellectuelles ».

Elle décrit combien le comportement de ces enfants est inapproprié dans le contexte scolaire ordinaire et combien l’interprétation faite de ce comportement (manque de maturité, mal élevé, enfant roi) est fausse.

A 13 ans le système n’est pas fait pour eux. Il leur faudrait un tempérament de viking pour y vivre, hors, il faut les protéger car, corrélé à leur intelligence il y a leur hyper sensibilité.

Françoise Astolfi psychologue spécialiste des personnes haut potentiel.

Laura Giraud est elle une ancienne enfant précoce. A 31 ans, cette Niçoise passe son bac à 16 ans, devient ingénieure de recherche post doctorante en sciences politiques à La Réunion depuis un an et demi.

Dépisté à 8 ans « par l’incontournable Jean-Charles Terrassier » comme elle explique dans un grand éclat de rire, la petite fille suit un cursus convenable à part une bougeotte intempestive que ses institutrices relevaient régulièrement. 

Ça ne se passait pas mal et ma mère, pédiatre n’avait nullement l’intention de me sortir du circuit scolaire classique tant que tout allait bien mais, au collège, les problèmes ont commencé : je m’ennuyais tant que je générais beaucoup plus d’agitation,

Laura Giraud

Sa maman, pédiatre, réagit immédiatement et l’inscrit au lycée Michelet à Nice. Le bac en poche elle s’inscrit en faculté de droit dans la capitale azuréenne.

« Je faisais bien mais sans plus, pas d’éclat particulier mais après le master I j’ai découvert les sciences politiques et la construction de la société. Là, j’ai été prise de passion et j’ai vraiment commencé à travailler à cette époque-là. D’ailleurs j’étais étudiante et en même temps j’avais un contrat d’enseignante à la fac. Mes derniers diplômes, j’ai beaucoup bossé et ça a commencé à me rendre fière de moi. Parce que j’ai trainé un sentiment de culpabilité monstrueux pendant des années à me dire que je ne travaillais pas suffisamment… Que je ne me donnais aucun mal et j’avais 12 mais je n’allais pas chercher le 18 !  En master II pour présenter le concours d’obtention d’un contrat doctoral (11 postes pour 800 étudiants) je devais être major de la promo et là je me suis arrachée ! ».

A La Réunion où elle est partie avec son compagnon, elle envisage déjà, au regard des restrictions de postes, de se réorienter : « j’ai repéré une association qui fait de la participation citoyenne sur l’île. J’aimerais établir un pont entre les praticiens et la recherche académique. J’ai envie que mes recherches servent au bien, à l’amélioration de la société. »

Laura Giraud dans son bureau à La Réunion.

Laura Giraud dans son bureau à La Réunion.

© Laura Giraud

Elle se souvient très bien de ce mal-être évoqué par Françoise Astolfi : « j’ai toujours ressenti un décalage due à mon hypersensibilité. J’avais l’impression d’être différente. Je trouvais le comportement des autres pas gentils. Je ressentais, aujourd’hui encore, plus fort des choses qui me blessaient et cela générait une grande tristesse en moi. »

Mes joies, en revanche, étaient très fortes très vite mais je pouvais tout aussi rapidement être très déçue par le comportement de mes camarades dans cours de récré. Il y a des choses que je gardais pour moi car je sentais que je ne pouvais pas les partager.

Françoise Astolfi le répète depuis près de 30 années sans que grand-chose n’ait changé dans le système scolaire. Elle raconte des enfants qui ne sont pas plus intelligents mais qui ont une intelligence différente et donc, pas les mêmes centres d’intérêt que les enfants de leurs âges.

La vitesse de fonctionnement

« On confond intelligence et brillance. Si l’enfant ne brille pas c’est qu’il n’est pas aussi intelligent que ça. Hors c’est exactement comme un diamant brut repéré par un œil expert qui le fera taillé. » Elle ajoute : « quand je passe du temps avec un enfant HP, en vérité je passe plus de temps à parler aux adultes (parents, enseignants, psychologues scolaires) pour expliquer qu’à parler à l’enfant. »

Indépendamment de la performance scolaire cinq catégories d’intelligence ont été répertoriées : l’intelligence verbale, l’intelligence visio-spaciale, l’intelligence de raisonnement, celle de la mémoire et celle de la vitesse de traitement des informations. Ces enfants fonctionnent à grande vitesse et un des gros problèmes est leur perfectionnisme. 

Plus vous êtes intelligent et plus vous vous faites du souci car vous ne vous contentez pas.

L’Organisation Mondiale de la Santé estime à 2,3 le taux d’enfants intellectuellement précoces (EIP) scolarisés de 6 à 16 ans soit un à deux enfants par classe. 

1 enfant précoce sur 3 n’arrive pas au bac

Stephan Bousquet, ancien enfant HP et directeur du cours privé Cyrano qui accueille, à Nice, des enfants précoces donne des chiffres inquiétants « 1 enfant précoce sur 3 n’arrive pas au bac ». Il explique et donne des exemples, comme celui de la répétition qui est proprement insupportable à ces enfants pour qui rien n’est plus ennuyeux. « Leur mémoire est absorbante, envahissante, » dit-il.

Françoise Astolfi ajoute que ce sont des enfants comme les autres, avec les mêmes fragilités mais que tout se joue, chez eux, à une intensité exponentielle. Joie ou tristesse par exemple sont surmultipliées. « J’ai l’habitude de dire que ce sont des apatrides. Quand ils sont rejetés de partout il leur faut trouver des terres d’accueil comme des écoles privées où ils rencontreront des gens qui leur ressemblent parce que sinon ils sont très vite incompris et isolés. »

Dépisté rapidement

On l’aura compris, les « zèbres » doivent être dépisté rapidement, et pris en charge dans la foulée.

Olivier Rippoll, 38 ans, Varois, est un ancien élève du lycée Michelet lui aussi. Il y est arrivé à 16 ans après un parcours scolaire chaotique dans le circuit classique. « J’avais deux choix, un CAP ou être sorti du système scolaire tant j’étais rebelle et ingérable. Ma mère qui a passé son bac à 14 ans a tenté une troisième option. J’ai passé des tests et exercices auprès de monsieur Terrassier, sans vouloir connaitre les résultats. J’ai intégré cette école où je me sentais bien parce que j’étais tout le temps stimulé. Le jour du bac je n’y suis pas allé donc je ne l’ai pas eu, mais l’ancien directeur m’a donné à ce moment-là les résultats de mes tests: j’étais dans la fourchette haute des surdoués. Ça m’a permis de me situer et d’avancer. Je me suis engagé dans la marine. « 

Olivier Rippoll, officier de réserve sur certaines photos ou professionnel de l'hôtellerie sur d'autres.

Olivier Rippoll, officier de réserve sur certaines photos ou professionnel de l’hôtellerie sur d’autres.

Comme il raconte : « j’ai 38 ans et j’ai fait une trentaine de métiers différents parce que dès que je constate qu’il n’y a pas d’évolution rapide, je m’ennuie et je change. »

Pilote, acteur, bijoutier…

Tout s’enchaine vite pour Olivier. BTS de commerce international, 1er mariage, en 4 mois il rattrape le niveau maths sup/maths spé en autodidacte et enchaine deux années d’études de pilote de ligne mais une inaptitude auriculaire soudaine le stoppe en plein vol. Dépression. Il part à Los Angeles fait une école d’acteur, déniche rapidement de petits rôles. Pour sauver son mariage il rentre en France mais divorce malgré tout. Changement de cap : bijouterie, gemmologie, puis le secteur de la sécurité suivi de la création d’une entreprise d’implantation de sociétés à l’étranger !

Re-mariage et un bébé. Il a 32 ans et multiplie les jobs alimentaires, surtout la nuit pour pouvoir garder son fils le jour pendant que sa femme travaille. Au détour d’un travail saisonnier dans un hôtel, il a une révélation : il s’oriente sur une formation courte pour devenir directeur d’hôtels.

Il aime le luxe, les voyages, l’absence de routine et l’évolution possible « c’est une délivrance intellectuelle exprime-t-il. J’ai enfin trouvé ce qui me plait et me convient ».

Il fait un stage dans un cinq étoiles de Marseille. On lui propose un poste à Bali, un en Thaïlande. Lui se verrait aussi bien en Australie ou aux USA. En attendant ce nouveau départ, il souligne :

Enfant je me suis toujours senti plus mature que les gens de mon âge et mes quelques amis avaient minimum quinze ans de plus que moi. J’ignore si c’est moi qui m’isolait ou les autres qui me tenaient à l’écart. Ce que je sais c’est que j’étais fatigué d’être incompris et de ne pas me sentir à ma place,

Olivier Rippoll.

Et d’ajouter : « Tout a été diffèrent après. Pour moi un surdoué ne doit pas être centré sur lui-même mais transmettre aux autres ses savoirs. J’aime instruire et partager quand les personnes ont une écoute active. »

Un homme : Jean-Charles Terrassier

Dans leur parcours et propos un nom revient. Sur la Côte d’Azur, un homme a en effet enclenché très tôt le processus d’indentification de ces « HPI ». Jean-Charles Terrassier appartient à Mensa, une association internationale pour adultes surdoués, dont il crée une antenne à Nice en 1968. Il est psychologue et sera le premier à se spécialiser en France auprès des enfants surdoués (il en suivra plus de 5.000 durant sa carrière qui continue toujours).

Il est aussi le fondateur de la première association française dédiée à ces enfants. C’est sous son impulsion que des classes expérimentales sont créées pour les accompagner au mieux.

D’abord dans l’école publique Las Planas, en 1987, puis de manière pérenne dans l’école Michelet l’année suivante. Au regard du succès rencontré, le cycle de lycée est mis en place mais l’établissement reste ouvert aux enfants ordinaires.

Le lycée privé Michelet est un des premiers établissements en France à avoir ouvert des classes de collège pour les enfants intellectuellement précoces.

Le lycée privé Michelet est un des premiers établissements en France à avoir ouvert des classes de collège pour les enfants intellectuellement précoces.

© Yannick Fournigault FTV

Aujourd’hui, il y a 110 élèves. Xave Schorter directrice de Michelet depuis 2014 a d’abord été ingénieur chimiste puis assureur et enfin directrice d’école. Elle reconnait que son propre parcours est un exemple :

« Il faut avoir des sentiers vastes et divers et pouvoir passer d’un sentier à l’autre. C’est indispensable avec ces enfants car ça les rassure qu’un choix ne soit pas forcement définitif. Il est plus important d’apprendre à réfléchir et à prendre du recul que d’accumuler des connaissances, » assure-t-elle.

Un élève de 21 ans en seconde

Un tiers de filles. Deux tiers de garçons dans cette école. Le pourcentage, partout le même, s’explique : « les filles prennent plus sur elle-même, moins opposantes, moins turbulentes, elles se manifestent moins auprès de leurs parents donc, elles sont plus difficiles à être détectées HP. Leurs symptômes sont plus discrets, plus intériorisés. »

Dans cette école, un jeune garçon de 13 ans et demie passera son bac cette année. Il vise la mention TB et, selon sa directrice, a de bonnes chances de l’avoir, avant d’aller en classes prépa. Elle précise cependant : « Il y a un élève de 21 ans en seconde cette année car il n’a pas été détecté et pas pris en charge avant. Ce n’est pas l’âge de nos élèves quand ils arrivent en terminale qui nous importe mais qu’ils soient bien dans leur tête et prêts pour les études supérieures. »

Des polytechniciens et des danseurs

Xave Schorter qui s’est lancée dans une recherche concernant les parcours des anciens élèves de l’école Michelet certifie que sur les 197 membres déjà inscrits dans le groupe privé des anciens, on trouve aussi bien des polytechniciens que des danseurs ou des hockeyeurs !

Antonin Chiberches à l'âge de 3 ans !

Antonin Chiberches à l’âge de 3 ans !

Antonin Chiberches, 30 ans, est ingénieur financier. Il a été le plus jeune bachelier de Midi-Pyrénées avec son sésame obtenu à 15 ans.

J’ai été dépisté à 3 ans par la maîtresse de maternelle qui s’est rendue compte que je régressais alors que j’étais entré en sachant presque toutes les lettres et jouant déjà au hockey sur glace. J’ai été suivi par des psychologues scolaires. En public comme en privé où ça allait à peu près.

Il raconte : « en 4e, je suis devenu ingérable pour les profs qui ont expliqué que l’éducation nationale ne pouvait plus rien faire pour moi. C’est là que je suis arrivé dans cette école spécialisée à Nice. A la fin de la seconde, j’avais 12 ans. Je suis parti un an dans une famille d’accueil en Australie pour faire un break. »

A son retour, Antonin reprend ses activités : « Depuis petit, le hockey sur glace m’a permis une dépense physique intense et de rationnaliser mes émotions. En plus, j’ai toujours eu une grande carrure, et, comme on ne voyait pas de différence physique, mon âge ne posait pas de problème. Quand je suis sur la glace, tout mon potentiel peut être exploité. Je joue AVEC les autres. C’est un sport d’équipe. Je me suis toujours senti diffèrent des autres, mais pas là. »

Il passe son bac à Toulouse où ses parents ont déménagé. Deux ans en langues étrangères appliquées, anglais, chinois, puis un nouveau cursus en économie-gestion. A la fin de sa licence il part à San Francisco et découvre la finance.

La suite, ce sera un master en finances de marché à Paris Dauphine. Il étudie et travaille. « La période Covid n’est pas propice pour la finance. C’est calme. Je viens de rentrer à Annecy. Je réactive mon réseau financier et je contacte des cabinets de recrutement pour trouver un emploi d’ici à la fin de l’été, sinon je créerais ma propre entreprise. »

« Ça a été cher payé, mais je suis assez fière de mon parcours »

On retrouve ce même désir chez Judith Chachoua, 37 ans, parisienne, vétérinaire et psychiatre canin dans l’Eure.

Judith Chachoua est vétérinaire.

Judith Chachoua est vétérinaire.

© Judith Chachoua

Identifiée précoce à 5 ans et demi, la jeune fille passe sept ans à l’école Michelet (comme ses deux frères), en famille d’accueil, et obtient son bac à 15 et demi après l’avoir échoué l’année précédente.

Parce que la faculté est interdite au moins de 16 ans en France, elle s’oriente sur une prépa HEC à Paris.

Dès qu’ils ont découvert mon âge c’est devenu l’enfer.

Dépression. Un jeune chiot qu’elle couvre de tendresse l’aide à traverser l’épreuve. Puis direction la faculté d’Assas en économie-gestion. Le master II en poche, elle part en stage dans le cadre du cursus d’expertise comptable. Le cabinet où elle arrive n’est pas d’une rigueur absolue. Le stage se termine par une procédure aux Prudhommes à 23 ans et un profond dégout.  

« J’ai toujours voulu être vétérinaire mais on me disait que je n’étais pas bonne en maths. Je manquais d’information pour passer par autre chose qu’une nouvelle classe prépa dont je gardais un souvenir traumatisant. »

Elle part en faculté et décroche une licence de biologie pour préparer le concours de l’école vétérinaire. A la seconde tentative elle le réussit et épouse, dans la foulée un ancien élève de Michelet. Cinq ans de formation à Nantes et un divorce plus tard, elle a 32 ans et son diplôme de véto en poche. Elle s’installe à Gisors avec son nouveau compagnon et fait une spécialisation en psychiatrie animale.

« Je n’étais plus du tout en avance et même en retard par rapport aux autres, même si je sais que peu de veto ont une double casquette. La comptabilité m’aide dans mon travail » reconnait-elle en souriant.  » Ça a été cher payé même, mais je suis assez fière de mon parcours. Mais je n’aime pas le mot de surdoué. Il est réducteur et trop facile. On a parlé d’intelligence émotionnelle. C’est un peu mieux. J’ai été testée par ADN, hypersensible. Je comprends mieux pourquoi, après le cocon innovateur de Michelet, j’ai pris une grande claque dans la tête. »

L'équipe pédagogique du lycée Michelet de Nice travaille sur les troubles d’apprentissage (chez les enfants intellectuellement précoces, le taux est 10 fois plus élevé que dans le reste de la population).

L’équipe pédagogique du lycée Michelet de Nice travaille sur les troubles d’apprentissage (chez les enfants intellectuellement précoces, le taux est 10 fois plus élevé que dans le reste de la population).

© Y. Fournigault FTV

La psychologue Françoise Astolfi est très claire quant aux parcours des EIP: « ce sont des individus qui évitent parfois les situations où ils n’ont pas la maitrise et excellent dans ce qu’ils savent faire. Tout dépend de leur enfance et de leur adolescence. Si leur parcours s’est déroulé normalement, il n’y a pas de raison de consulter davantage car il n’y a pas de risque supplémentaire. Mais tout dépend de la façon dont ils arrivent au bac. En général ils vivent mieux après cet examen  car on les prend enfin pour des adultes. « 

C’est exactement le cas de Salomé Fontaine-Garcia, 36 ans, exploitant viticole. Détectée à 13 ans, elle obtient son bac à 16.

Salomé Fontaine-Garcia et ses enfants.

Salomé Fontaine-Garcia et ses enfants.

© Salomé Fontaine-Garcia

« L’école, dans mon village de l’Aube où mon papa est agriculteur, s’est bien déroulée, mais, le collège, là ça a été la catastrophe. » 

En 4eme elle développe une réelle phobie du système et parle d’une descente aux enfers. Le traumatisme est tel qu’à cette époque, dès qu’elle entre dans la cours de l’établissement elle se sent en danger.

A l’époque on ne parlait pas de harcèlement, ni de racket. Je l’ai dénoncé. Ma sensibilité aigue me rend toujours insupportable l’injustice mais là, j’ai été prise en grippe par la direction, par certains profs et des élèves.

Crises de tétanie, de spasmophilie, d’angoisse. Dépression et traitement médicamenteux. L’adolescente a l’autorisation de ne plus aller en cours mais reste tout de même première de la classe. Ses parents cherchent des solutions et arrivent chez une psychologue en région parisienne qui estime Salomé enfant précoce et leur indique une école à Nice.

« Michelet m’a sauvé la vie. Mes parents et moi ont été tellement désespérés que ça se serait fini en drame. Je n’aurai pas atteint l’âge adulte. Cette école m’a redonné confiance. Monsieur Pinder, le directeur-fondateur, tout le monde l’appelait le Patron. Tous les âges, les milieux, étaient mélangés et il n’y avait pas que des précoces. J’ai eu des professeurs qui me marquent encore aujourd’hui dans ma façon de penser et d’agir. Ils m’ont appris la rigueur, la précision, le travail et l’excellence. Et j’y ai aussi rencontré mon mari qui, lui, a eu son bac à 15 ans. »

« Ma vie d’adulte est 100 fois plus agréable et épanouissante que ma vie d’enfant »

Le sésame en poche, elle fait médecine deux années de suite et se rend compte que ce n’est pas ce quelle souhaite. Direction la sociologie et la faculté. L’année de licence, elle arrête tout après le suicide d’un de ses proches amis, et ce, la veille de la rentrée scolaire.

« Anéantie, j’ai tout stoppé, je suis rentrée avec mon mari, auprès de mes parents et j’y suis restée. »

Sa vie, elle l’a projetait en tant que socio-psycho-criminologue. Elle est devenue vigneronne.

« Ma vie d’adulte est 100 fois plus agréable et épanouissante que ma vie d’enfant. J’étais inadaptée, la soi-disant surdouée qui n’arrive à rien et j’avais honte. Aujourd’hui je réussis tres bien dans mon métier. Je suis un OVNI dans le coin mais je suis chef d’exploitation, j’ai des salariés, des responsabilités associatives. Je suis mariée avec un homme qui fait le même travail que moi et nous avons trois enfants. L’ainé, Lucien, qui refuse de se faire détecter malgré la demande de la psychologue scolaire, rentrera au collège dans deux ans. Le même que moi. Malgré les psychothérapies que j’ai suivies, le traumatisme demeure. Je suis inquiète pour lui. »

La psychologue Françoise Astolfi est très claire quant au devenir des EIP: « Ce sont des individus qui évitent parfois les situations où ils n’ont pas la maitrise et excellent dans ce qu’ils savent faire. Tout dépend de leur enfance et de leur adolescence. Si leur parcours s’est déroulé normalement, il n’y a pas de raison de consulter davantage car il n’y a pas de risque supplémentaire. Mais tout dépend de la façon dont ils arrivent au bac. En général ils vivent mieux après cet examen car on les prend enfin pour des adultes. »

Au fur et à mesure des parcours de vie racontés par les uns et les autres des anciens élèves contactés, des dénominateurs communs se dégagent :

  • Plus un enfant est détecté tôt, plus il a de chance de trouver son chemin.
  • Un accompagnement psychologique spécialisé est indispensable, pour les jeunes comme pour les adultes.

Les écoles comme Cyrano ou Michelet, qui les prennent en charge à Nice, leur permettent d’étudier tout en étant heureux dans leur apprentissage. Ce n’est pas parce qu’ils sont HPI que tout sera plus facile pour eux.

Enfin, les adultes qu’ils sont désormais ont tous une incroyable faculté à rebondir professionnellement. Ils avouent aussi ne pas forcément se reconnaitre dans le personnage de la série HPI sur TF1 actuellement diffusée. Elle met en scène une comédie policière hors normes incarnée par Audrey Fleurot, affichant un haut potentiel intellectuel, un peu loufoque.





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