Nice

le Niçois Michel Siffre nous raconte son expédition « hors du temps », réalisée il y a 59 ans

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Deux mois, seul, sous terre et sans aucune notion du temps, c’est le pari fou relevé par le spéléologue Michel Siffre, le 16 juillet 1962.

Il y a 59 ans, il est descendu dans le gouffre de Scarasson, en Italie, sans moyens pour mesurer la durée, afin de mener une expérience scientifique unique.

Ce Niçois, découvre alors que l’être humain possède une « horloge interne » qui rythme ses journées sur un cycle proche de 24 heures, sans dépendre du jour et de la nuit.

Le spéléologue français Michel Siffre sortant de son expérience de survie souterraine de plus de 1.500 heures dans le gouffre de Scarasson. Il est porté dans une ambulance à son arrivée.

Le spéléologue français Michel Siffre sortant de son expérience de survie souterraine de plus de 1.500 heures dans le gouffre de Scarasson. Il est porté dans une ambulance à son arrivée.

© AFP

Les travaux du géologue ont été utilisés par la suite, par la NASA et les armées française et américaine, il est retourné sous terre dix ans plus tard puis en 2000, afin de poursuivre ses analyses.

Retour en vidéo, sur sa première expédition menée en 1962 : 

Depuis, environ 200 scientifiques se sont essayés à cette expérience hors normes. Ce 14 mars 2021, 15 aventuriers sont descendus dans une grotte ariégeoise pour une durée de 40 jours. L’objectif, étudier le rythme biologique, sur un groupe d’humains « confinés » ensemble sans notion du temps.

Nous avons contacté Michel Siffre, âgé aujourd’hui de 82 ans, pour revenir sur ses découvertes et l’enjeu de cette nouvelle mission qui s’apprête à bousculer à nouveau notre rapport au temps. 

Qu’est-ce qui vous a motivé il y a 59 ans, a mener cette expédition unique au monde ? 

Je suis passionné de spéléologie depuis mes 12 ans, j’en ai donc fait mon métier. En 1961, lors d’une mission que je dirigeais, j’ai découvert le petit glacier au fond du gouffre du Scarasson, dans les Alpes-Maritimes italiennes. Un an plus tard, le 16 juillet 1962, à l’âge de 23 ans, j’organisais une grande expédition pour étudier ce phénomène géologique nouveau.

Il fallait descendre entre 110 mètres et 130 mètres de profondeur. J’ai profité de cette aventure en solitaire et sous terre, pour mener une double expérience. Je n’ai pas emporté de montre avec moi.

Ce protocole scientifique, avait pour objectif d’étudier mon rythme biologique veille/sommeil. C’était une première mondiale ! Je suis resté confiné deux mois, pour observer les changements sur mon corps.

Comment s’est déroulée votre vie dans ce gouffre ? 

Le protocole était très simple. Une ligne téléphonique me reliait à une équipe de veille, en surface, que j’appelais à chaque réveil, quand je me couchais, au moment des repas et quand j’allais « aux toilettes ». Mes horaires étaient notés afin de déterminer mes rythmes, mais sans recevoir en retour des indications sur l’heure ou le jour.  

Pour m’occuper, je lisais beaucoup, des revues scientifiques principalement. J’avais ensuite un petit four autonome pour cuire ma nourriture. Le temps que je percevais, s’écoulait presque deux fois moins vite que le temps réel. Alors que je pensais avoir fait mes activités quelques heures, j’avais parfois veillé bien plus longtemps.

Michel Siffre sortant de sa première expérience de survie souterraine dans le gouffre de Scarasson. Il est porté et enveloppé dans des couvertures jusqu'à l'hélicoptère qui l'amènera à Nice.

Michel Siffre sortant de sa première expérience de survie souterraine dans le gouffre de Scarasson. Il est porté et enveloppé dans des couvertures jusqu’à l’hélicoptère qui l’amènera à Nice.

© AFP

Quelles conclusions scientifiques avez-vous tirées de vos expériences sous terre ?

Je me suis décalé dès mon arrivée sous terre. A partir du premier jour, je n’avais plus aucune notion du temps. J’essayais de me repérer en fonction de ma faim. Le décalage se fait très vite entre l’heure estimée et le rythme naturel. Par ailleurs, en surface ils très ont vite constaté que mon rythme biologique se décalait : je me réveillais et me couchais un peu plus tard chaque jour, jusqu’à ce que mon rythme s’inverse totalement, comme si j’avais changé de fuseaux horaires. Le même sentiment qu’un énorme « décalage » après un voyage. 

Lorsque je suis sorti le 17 septembre 1962, je pensais que nous étions le 20 août selon mes calculs ! 

Néanmoins, lors de ma première expérience, mon rythme est resté calé sur une durée quasiment égale à 24 heures même si les horaires ne correspondaient pas au rythme des journées. En revanche, je ne mangeais plus que deux repas par cycle. 

Ce qui veut dire que nous avons une horloge interne qui ne dépend pas du jour et de la nuit. Si je dois résumer mon aventure, je tiens à dire qu’on ne dort jamais mieux que hors du temps. 

Pourquoi avoir recommencé en 1972, puis en 2000 ? 

Mes recherches ont intéressé la NASA et l’armée. Durant mon expédition en 1972, dans la Midnight Cave, au Texas, j’ai par exemple été nourri avec les mêmes aliments que ceux servis aux astronautes pour la mission Apollo 13. Il y avait aussi de nouveaux outils, plus sophistiqués que 10 ans auparavant, ce qui permettaient d’affiner les conclusions scientifiques. J’avais une batterie de tests et d’examens quotidiens.

> Voyez ces images sur ses expériences, sans commentaire, vous plongez dans l’ambiance de l’expérience :

J’étais curieux de savoir si, en restant plus longtemps que la première fois, je connaîtrais des journées de 48 heures. En effet, en 1964, Antoine Senni, un ami de longue date a découvert au bout de 22 jours de confinement, les rythmes bicircadiens, soit l’existence de cycles de 48 heures.

Expérience que j’ai pu analyser sur d’autres hommes et d’autres femmes, que j’avais mis dans ces mêmes conditions. Ils avaient 36 heures d’activités pour 12 heures de sommeil en moyenne, sans être plus fatigués que d’habitude. Mais le temps pour le rêve était beaucoup plus important. La phase de sommeil paradoxal était bien plus conséquente. C’est un phénomène que je n’explique pas, mais que j’observe.

Hors du temps, le sommeil n’est pas induit ou forcé, c’est naturel. Ce cycle qui avait doublé était très intéressant pout l’armée, car il décuplait le temps d’activité de l’individu sans ajouter de la fatigue, ça serait néanmoins impossible à mettre en place dans le réel. 

En 2000, j’ai voulu expérimenter le rapport au temps en fonction de l’âge. De mon côté, j’ai obtenu le même rythme qu’à mes 23 ans : 24 heures et 30 minutes. 

Le 14 février 2000 MIchel Siffre, sort d'une des salle de la grotte de la Clamouse à Saint-Jean-de-Fos (Hérault), après avoir passé 2 mois et demi dans un isolement complet.

Le 14 février 2000 MIchel Siffre, sort d’une des salle de la grotte de la Clamouse à Saint-Jean-de-Fos (Hérault), après avoir passé 2 mois et demi dans un isolement complet.

© PHILIPPE DESMAZES AFP

Les confinements en 2020, ont été plus faciles à vivre pour vous que pour d’autres non ? 

Tout le monde n’est pas apte à effectuer des confinements de longue durée.  Personnellement, j’ai le vertige à 10 mètres, sur un pont à l’air libre, alors que d’autres non. A l’inverse, vivre reclus sous terre à plus de 100 mètres, ça ne me pose aucun souci. Donc en 2020, j’ai très bien vécu les confinements successifs, j’écrivais et je n’ai jamais souffert de ces moments cloitrés. 

Quelle est votre analyse scientifique sur l’expédition « Deep time » qui a démarré en Ariège ?  

Je ne connais pas précisément leur protocole scientifique mais je suis curieux du bilan de ces 40 jours. Je pense qu’il n’y aura aucune séquelle c’est un laps de temps relativement court. Ce que je peux avancer selon mes expériences, c’est lorsque j’ai fait descendre plusieurs individus, leur horloge biologique s’appuyait sur celle de la personne motrice du groupe. Ils se calaient en rythme. 

Ils ont surement des outils plus perfectionnés que moi donc de nouvelles conclusions seront peut-être tirées. En tout cas, je souhaite bonne chance aux 15 aventuriers et j’espère que l’actualité Covid n’empiétera pas sur la médiatisation de ces fabuleuses découvertes. 





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