Nice

L’année 2020 dans le rétroviseur de Catherine Hugary, bénévole tout terrain à Nice

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50 ans de bénévolat auprès de la Protection Civile et de l’Action d’Urgence Internationale : Catherine Hugary en a vu d’autres. Mais en cette fin d’année, elle a décidé d’écrire « bonne année quand même ! » pour ses vœux. C’est dire si 2020 ne lui laissera pas le meilleur souvenir.

Le texte est déjà prêt depuis un moment. Ça a même été plus facile qu’à l’accoutumée, pour des vœux mi-figues, mi-figues. « Que peut-on souhaiter, à part une année moins pourrie que 2020 ? Attentats, virus, inondations… Bonne année quand même ! »

Pourtant Catherine Hugary n’est vraiment pas du genre à se laisser abattre. Au contraire. Elle se nourrit de l’adversité depuis bientôt 50 ans. Sa rencontre avec le bénévolat est très exactement gravée dans sa mémoire : c’était le 4 novembre 1972. Son premier cours de secourisme à la Protection Civile.

« J’ai poussé la porte d’entrée, je n’ai jamais retrouvé la sortie. »

Catherine Hugary

Depuis lors, c’est un engagement de chaque instant, sur tous les fronts. Un à un, elle passe tous les diplômes de secourisme, des premiers secours, au secours routier, puis au déblaiement. C’est comme ça que Catherine tombe sur « Action d’Urgence Internationale », une toute jeune ONG née en 1977, dans laquelle elle se jette également à corps perdu. Tremblements de terre en Italie, à Naples en 1980, à Mexico en 1985. Algérie, Iran, Salvador, Égypte… Liste impressionnante et non-exhaustive.

Ce goût de la bougeotte, elle l’a peut-être hérité de son père, militaire de carrière. L’enfance itinérante de fille de soldat ne l’a pas traumatisée, au contraire : « je suis d’un peu partout… Partout, je me sens bien ! » confie celle qui a tout de même posé ses valise à Nice, dans le quartier de la place Franklin, et à la clinique Santa Maria, en tant qu’auxiliaire de puériculture.

Je suis d’un peu partout… Partout, je me sens bien !

Catherine Hugary

L’année 2020, une année noire

Alors, comment cette Niçoise aventurière a-t-elle vécu l’année 2020 ? « Le seul mot qui me vienne à l’esprit c’est tristesse. L’année a été dramatique. On parle d’année blanche, là je dirais plutôt une année noire. Je suis forcément encore plus touchée que pour les autres événements que j’ai connus : mes parents ont vécu 40 ans à Saint-Martin-Vésubie. On pense à ceux qui ont tout perdu, qui vont passer Noël dans une autre maison parce qu’ils n’ont plus rien. A ceux qui perdent leur emploi à cause du virus. »

A gauche, Mexico en 1985. A droite en haut, en Algérie en 2005. A droite en bas : Le Caire en 1992. Catherine Hugary sur tous les fronts...

A gauche, Mexico en 1985. A droite en haut, en Algérie en 2005. A droite en bas : Le Caire en 1992. Catherine Hugary sur tous les fronts…

© Documents remis

Mais il y a aussi de la colère chez cette dame de 68 ans. Le manque d’empathie de ses contemporains l’agace, cette façon de se plaindre du port du masque ou des règles sanitaires l’horripile, l’individualisme la déçoit. Elle qui a consacré sa vie au bénévolat et à aider des autres. S’est-elle déjà sentie impuissante ? A-t-elle déjà eu envie de jeter l’éponge ?

« Jamais ! On peut toujours aider, c’est pas difficile. On peut toujours regrouper du matériel, donner un coup de main. Ce n’est pas mon genre de rester spectatrice, même à mon âge canonique. » Elle n’arrêtera que contrainte et forcée. Le « fossile », comme la surnomment (« en toute amitié ») ses collègues de la Protection Civile, a donc passé 2020 comme à son accoutumée : en aidant partout où c’était possible. Distribution de masques, présence auprès des sans domicile fixe ou auprès des personnes contaminées par le Covid et placées à l’isolement… Ne manquait plus que la tempête Alex.

Il faut être bien dans ses chaussettes pour faire du bénévolat. L’empathie ça ne s’apprend pas dans les écoles. 

Catherine Hugary

Cette fois-là elle n’est pas montée directement au front. Elle qui par le passé faisait partie des premiers sur les lieux, avec Action d’Urgence Internationale, a préféré rester en retrait. Séismes, inondations. Catherine n’aime pas le terme de « catastrophes naturelles ». Elle préfère parler « d’événements naturels à effets catastrophiques ». Et elle sait, pour l’avoir vécu à de nombreuses reprises, que la détresse psychologique créée par ces « événements » ne s’efface jamais.

Intervention après le séisme du 12 octobre 1992 au Caire, qui a fait plus de 150 victimes et détruit de nombreuses habitations de la capitale égyptienne. Un mois avant, Catherine Hugary était dans le Vaucluse suite à des inondations.

Intervention après le séisme du 12 octobre 1992 au Caire, qui a fait plus de 150 victimes et détruit de nombreuses habitations de la capitale égyptienne. Un mois avant, Catherine Hugary était dans le Vaucluse suite à des inondations.

© Documents remis

« J’ai passée beaucoup de temps au centre de Carros, à trier les dons. Un hangar entier rempli de dons. J’ai été très émue par la générosité des gens. » La mobilisation, l’engagement auprès des gens au sens d’engager une relation avec son prochain, l’empathie : de ses années de bénévolat, Catherine retient énormément d’anecdotes. Des moments, des rencontres, qu’elle consigne scrupuleusement à l’ancienne, au crayon à papier dans des cahiers, qu’elle a promis, un jour peut-être, de nous autoriser à lire.

Moi ce qui me fait pleurer, ce ne sont pas les cadavres. Je connais. Ce qui me touche, c’est le sourire d’une petite fille, un bonbon sorti du fond de la poche d’une vieille dame, un merci prononcé d’une certaine façon…

Catherine Hugary

C'est la protection civile qui a ouvert les portes du bénévolat à Catherine Hugary. Sa première formation en secourisme a eu lieu en 1972. Elle ne l'a plus quitté depuis.

C’est la protection civile qui a ouvert les portes du bénévolat à Catherine Hugary. Sa première formation en secourisme a eu lieu en 1972. Elle ne l’a plus quitté depuis.

© ADPC06

Le bénévolat : de l’humain et de l’émotion

Pour Catherine, le bénévolat a été une école de la vie sans pareille. C’est cette personne qui en 1992 après les inondations dans le Vaucluse lui dit que sa présence lui redonne foi en l’humanité. C’est ce jeune homme qui, après le séisme de Mexico, lui dit merci, alors qu’il vient d’apprendre que sa mère est décédée. C’est cette dame à vélo, qui, après les inondations à Redon en Bretagne, s’exclame « mais vous avez fait tout ce chemin pour nous ? ». C’est cette phrase entendue en Iran comparant les sauveteurs à des « anges tombés du ciel ». Ce sont des nuits passées dans les boyaux, sous les décombres. C’est la faim. La soif. Le partage.

Pourtant Catherine est seule. Pas d’enfants, pas de petits enfants. Une solitude qu’elle dit adorer, parce qu’elle lui permet d’être libre. Libre d’aider, libre d’aimer. « Même pendant le confinement, il n’y a pas un jour où je m’ennuie ! » affirme-t-elle. On veut bien la croire.



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