Nice

la danse pour aider les victimes de l’attentat du 14 juillet à exprimer leur souffrance

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6 victimes de l’attentat de Nice ont participé à un programme de soutien dans le cadre d’une grande étude de deux ans menée par une douzaine de chercheurs de l’université Côte d’Azur.

Ce lundi 12 juillet, les entretiens s’enchaînent à la faculté des lettres de Nice. Frédéric Vinot reçoit les victimes de l’attentat de Nice qui ont participé à son programme de soutien psychologique pour faire le point sur leurs besoins. 

Ce maître de Conférences en psychologie clinique à l’université Côte d’Azur a participé à un grand travail de recherche avec une douzaine d’autres enseignants autour de l’attentat du 14 juillet 2016.

Ils sont géographes, ethnologues ou encore psychologues, issus chacun d’une discipline différente. Des enseignants de l’université Côte d’Azur ont travaillé ensemble pour voir comment cet attentat, qui a fait 86 morts et plus de 200 blessés, a changé nos vies.

Exprimer sa souffrance par la danse

Frédéric Vinot a entamé un programme d’aide psychologique par la danse en septembre 2020 avec 6 personnes « intimement concernées par l’attentat ».

Il précise que la constitution du groupe s’est faite avec l’appui et la participation de l’AFVT (Association Française des Victimes du Terrorisme).

« Nous avons fait appel à une chorégraphe pour travailler. Les sessions ont eu lieu principalement à L’Entrepont et sur la promenade des Anglais. »

Les victimes ont réussi à se rendre sur ce lieu où elles avaient vu le camion conduit par l’auteur de l’attentat et à dépasser cette souffrance.

Les plots et les blocs de béton sont censés prévenir toute nouvelle intrusion sur la promenade des Anglais.

Les plots et les blocs de béton sont censés prévenir toute nouvelle intrusion sur la promenade des Anglais.

© Laurent Verdi / France Télévisions

Il ne s’agit pas de mettre en place un spectacle mais d’aider les victimes qui participent à exprimer leur souffrance de manière corporelle.

« Les participants ont été accompagnés dans un travail d’exploration de sensations et de perceptions, leur permettant ensuite d’inventer et d’improviser leurs propres chorégraphies. » précise Frédéric Vinot, le psychologue qui a suivi et accompagné ces victimes.

Des entretiens et un accompagnement

En parallèle, des entretiens ont été menés en binôme par des chercheurs de l’université Côte d’Azur, chercheurs en danse ou en anthropologie et en psychologie clinique.

Le psychologue Frédéric Vinot ajoute que : « la question était de savoir si l’expérience scénique permettait de travailler autrement l’expérience traumatique, notamment au niveau de l’espace et du corps ».

Il explique que les premiers témoignages montrent que pour plusieurs participants : « certains moments de ces sessions ont été propices à une modification, une réinvention du rapport au corps, à l’espace et aux autres. »

« Certaines sensations surprenantes, dérangeantes comme une sensation de vide, de vertige, de dislocation, d’intrusion pouvaient être répétées, travaillées et apprivoisées sur scène. »

Frédéric Vinot, maître de conférence en psychologie de l’université Côte d’Azur

Concrètement, « certaines sensations surprenantes, dérangeantes comme une sensation de vide, de vertige, de dislocation, d’intrusion pouvaient être répétées, travaillées et apprivoisées sur scène pour permettre aux participants de « faire avec », c’est-à-dire d’en être sujet et non plus objet. »

Selon Frédéric Vinot, le travail a aidé une partie des victimes : « Plusieurs ont été surpris et étonnés, positivement, par leurs propres réactions. Nous en sommes encore à un niveau de récolte du matériel (NDLR : des informations) et il ne nous est pas possible de savoir si ces effets s’inscriront dans la durée. »

Il y a d’autres exemples d’expression par la danse liés à l’attentat de Nice. En 2017, près de 80 danseurs avaient rendu hommage à Laura Borla, une jeune niçoise de 13 ans et aux autres personnes qui ont perdu la vie le soir du 14 juillet 2016.

80 danseurs en 2017, lors de l'hommage à Laura Borla, Niçoise de 13 ans tuée le soir du 14 juillet 2016.

80 danseurs en 2017, lors de l’hommage à Laura Borla, Niçoise de 13 ans tuée le soir du 14 juillet 2016.

© BELPRESS/MAXPPP

Un gigantesque travail sur deux ans

À l’origine de ces recherches, il y a notamment Karine Emsellem, maître de conférences en géographie à l’université Côte d’Azur.

« Je suis d’abord niçoise d’accueil depuis un certain temps et j’ai vécu comme tous les Niçois cet événement. J’ai monté un programme de recherche qui évoque ce drame sous un angle pluridisciplinaire. »

Psychologues, informaticiens, géographes… une douzaine de chercheurs de l’université Côte d’Azur ont participé à ce travail, chacun dans sa discipline. 

En tant que spécialiste de la géographie, Karine Emsellem s’est dit que : « L’attentat allait impacter la promenade, c’est une évidence, avec surtout la sécurisation de cette promenade. »

Des blocs de béton, des poteaux et des câbles ont été installés pour éviter qu’un véhicule s’introduise à nouveau sur cette zone. Ils s’intègrent dans le paysage mais sont quand même visibles par les promeneurs.

Des filins de protection ont été installés aux abords de la promenade des Anglais pour éviter toute intrusion.

Des filins de protection ont été installés aux abords de la promenade des Anglais pour éviter toute intrusion.

© Laurent Verdi / France Télévisions

Karine Emsellem a travaillé aussi sur la relation entre la promenade et les habitants, ces réactions sont très différentes : « Les touristes sont revenus sur la promenade deux jours après l’attentat. Les victimes et les familles ne se rendent que dans des endroits bien précis, voire ne reviennent plus du tout. »

Elle ajoute que : « Pour les Niçois l’aménagement sécuritaire est vu en bien ou en mal car cela montre qu’il y a un danger. »

Le géographe a interrogé des usagers de la promenade, des professionnels, des habitués… « Cet événement a impacté de manière extrêmement différente les gens. Cette résilience uniforme n’existe pas forcément.

Nice qui renaîtrait de ces cendres comme un seul être suite à l’attentat, c’est peut-être la vision de certains mais ça n’est pas forcément la réalité. »

Le travail des chercheurs de l’université Côte d’Azur est visible en partie sur le site de la revue Urbanités sous le titre « Pertes et modifications spatiales : la promenade des Anglais après l’attentat du 14 juillet 2016.





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