Nice

De Paris à Nice, le procès des attentats du 13 novembre ravive une douleur qui ne s’est jamais éteinte


Le 14 juillet 2016 est encore dans toutes les têtes. Le procès des attentats du 13 novembre 2015 qui s’ouvre à Paris ce mercredi 8 septembre ravive la douleur des victimes niçoises. Leur procès s’ouvrira dans un an, le 5 septembre 2022.

Ce sera dans un an, au même endroit, avec de nombreuses victimes d’attentat et parfois avec les mêmes avocats. Avec la même douleur, sûrement.

Alors que s’ouvre ce mercredi 8 septembre, le procès pour les attentats du 13 novembre devant la cour spéciale à Paris, cette actualité judiciaire résonne dans l’esprit des victimes de l’attentat du 14 juillet 2016 à Nice. 

Des victimes qui devront attendre le 5 septembre 2022 pour assister à leur procès. Plus de 800 personnes se sont portées partie civile. Il devrait se dérouler jusqu’au 15 novembre 2022. Terrible coïncidence du calendrier.

L’attentat sur la Promenade des Anglasi le 14 juillet 2016 a fait 86 victimes et 400 blessés. 

Thierry Vimal a perdu sa fille de 12 ans, le 14 juillet 2016 à Nice

Il a consacré plusieurs livres à l’attentat, le quatrième est en cours de finalisation sur l’après-attentat. Ce sera sous la forme de fiction mais tous les éléments sont vrais. Il devrait être publié en janvier prochain, « si tout va bien. »

Il a quitté l’association « Promenade des Anges » et témoigne en tant que « père endeuillé ». 

Les journaux télé, la radio et la presse parlent de ce procès hors norme, forcément il y a un écho : « Le procès, ça nous remet dedans au niveau émotionnel », lâche-t-il. 

« Evidemment que ça nous remet la tête dedans, le fait qu’à Paris il y ait des audiences, des victimes, des avocats. Il y a une effervescence pour laquelle on est concernés, on la ressent. Même si on est tous dans la défiance par rapport à la justice, avec l’instruction niçoise sur la sécurité qui n’avance pas, on est dépités par la justice, » souffle-t-il.

Oublier l’attentat est de toute façon impossible.

"Evidemment que ça nous remet la tête dedans, le fait qu’à Paris il y ait des audiences, des victimes, des avocats", explique Thierry Vimal, père d'une victime.

« Evidemment que ça nous remet la tête dedans, le fait qu’à Paris il y ait des audiences, des victimes, des avocats », explique Thierry Vimal, père d’une victime.

© Dylan Meiffret – MAXPPP

« On a encore tellement la tête dans l’attentat de Nice. On voit le procès parisien et on se dit que ce ne sera jamais autant médiatisé pour Nice. »

Selon lui, ce procès à Paris en 2022 est une « aberration » car ce sera difficile financièrement de rester une semaine à Paris. 

Pour lui, tous les 3 mois, il se passe quelque chose qui lui rappelle la mort de sa fille Amie : en Juillet, il y a la commémoration à Nice, en décembre, les fêtes de Noël, puis l’anniversaire de l’enfant en janvier, aujourd’hui le procès…

Tous les 3 mois, un événement ravive ce drame qui n’est pas encore devenu un souvenir. 

Cinq ans après, il est toujours plongé dans la procédure indemnitaire. Il dit n’avoir rien reçu du fonds de garantie et reste en contact régulier avec son avocate : « ça reste un truc du quotidien ».

« J’attends de récupérer l’intégralité de ma fille »

Au-delà du procès et de la demande de justice, il se heurte surtout à un problème très concret qui perturbe le deuil  : « j’attends de récupérer l’intégralité de ma fille. »

Thierry Vimal précise : « il y a eu 13 prélèvements, dont le coeur et le cerveau qui sont toujours dans des seaux à Pasteur. J’ai vu des photos. C’est la culture médico-légale. On fait ce qu’on veut avec les dépouilles. »

Les organes des victimes sont sous scellés. Beaucoup de familles sont concernées. En attendant, Amie a deux sépultures différentes. 

Thierry Vimal ne s’est pas encore porté partie civile mais il compte le faire prochainement « pour accéder aux audiences. »

La question se pose aussi pour la petite soeur d’Amie, 14 ans : doit-elle se porter partie civile pour l’année prochaine ? Faut-il tout lui dévoiler ?

Des questions difficiles pour une adolescente. Il vit toujours à Nice, passe près de la Promenade des Anglais. L’attentat ne l’a jamais quitté.

Anne Murris, a perdu sa fille Camille dans l’attentat

Pour Anne Murris, présidente de l’association « Mémorial des Anges » aussi cette actualité la « plonge dans un état de stress et d’angoisse très différent. »

Anne Murris a perdu sa fille Camille, assassinée par le conducteur de ce camion devenu fou. 

La veille du procès à Paris, elle a mal dormi : « Ça me touche très profondément, ça m’interpelle sur le nôtre, je suis très attentive. Je suis dans un état d’identification pour les victimes qui vont se présenter au procès, dans état de projection. »

Elle a d’ailleurs posté sur Facebook un message d’encouragement et d’affection pour les victimes qui témoigneront à la barre de cette cour spéciale. 

« Il y a des liens qui se tissent »

Elle se souvient très bien de la peur ressentie le 13 novembre 2015, quand elle n’arrivait pas à joindre son fils qui était à Paris. Il  n’a pas répondu aux deux premiers coups de fil, il aurait pu se trouver au match de football.

Sa fille Camille, décédée sur la Promenade des Anglais, connaissait des personnes parmi les victimes du Bataclan. 

En tant que présidente de l’association « Mémorial des Anges », elle a participé à de nombreuses réunions à Paris à ce sujet.

Elle a eu l’occasion d’échanger avec les victimes et les responsables des associations parisiennes « car nous travaillons ensemble. »

Entre Nice et Paris, « il y a des liens qui se tissent, nous nous connaissons, je me sens proche d’eux. »

14 juillet 2018, Anne Murris prend la parole pour la cérémonie d'hommage aux victimes de l'attentat de Nice.

14 juillet 2018, Anne Murris prend la parole pour la cérémonie d’hommage aux victimes de l’attentat de Nice.

© Franck Fernandes – MAXPPP

Anne Murris s’est déjà portée partie civile.

Elle demandera à témoigner, car pour elle cette prise de parole « s’inscrit dans un travail de mémoire, l’oubli est insupportable et le témoignage fait partie de ce travail même si c’est douloureux, c’est une phase essentielle et obligatoire. »

Elle pense que les parties civiles de l’attentat de Nice bénéficieront « des conseils des victimes qui passeront avant nous, qu’ils nous aideront à affronter cette épreuve. »

Elle ne sait pas comment elle va réagir, comment elle va supporter ce futur procès. Pour le procès des attentats du 13 novembre, « c’est plus compliqué car ils seront en présence d’un accusé », affirme-t-elle, « ça risque d’être de l’ordre de l’insupportable. »

Deux procès exceptionnellement longs. Mais un travail pédagogique important.

Anne Murris pense que cette recherche de vérité sur l’origine des attentats avec le témoignage d’experts des mouvements terroristes permettra de comprendre ces tragédies qui ont endeuillé des centaines de familles.

Pour le 13 novembre, le procès doit durer 9 mois. « Le temps d’une grossesse », remarque la mère de famille, « 9 mois pour mettre au monde et en 9 mois comprendre qu’il n’y a plus rien. »

85 % des victimes ont reçu une indemnisation

L’attentat du 14 juillet 2016 a fait 86 morts, 400 blessés graves et 1.683 victimes atteintes de troubles psychiques.

Le fonds de garantie des victimes a pris en compte à ce jour 2.429 victimes directes ou indirectes dont 85 % ont reçu une indemnisation. 

Le 5 septembre 2022, 8 personnes seront à la barre des accusés sans Mohamed Lahouaiej Bouhlel. Le Tunisien de 31 ans, avait été tué par des policiers.

La cour examinera les responsabilités de huit autres personnes, accusées d’être impliquées dans le trafic des armes qui lui étaient destinées.

Les victimes leur feront face.





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