Attentat de Nice

comment parler aux enfants des actualités traumatisantes

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La période actuelle est troublée par des attentats, dont celui qui a touché Samuel Paty, professeur d’histoire-géographie en région parisienne, mais également par les répercussions de la pandémie liée à la Covid-19. Dans ce contexte anxiogène, de nombreux repères sont bouleversés pour chacun d’entre nous et de nombreux questionnements autour de potentielles conséquences psychotraumatiques apparaissent, notamment auprès des enfants.

Un événement traumatique est défini comme un événement où une personne se trouve confrontée à la mort, ou à la peur de mourir. Chaque personne réagit différemment à cette exposition, selon son histoire personnelle, en particulier s’il existe des antécédents d’exposition à des événements traumatiques.

La répercussion sera aussi très différente selon que la personne a été directement exposée ou non, et selon la nature de l’événement (attentats, pandémie, accident de la route…). Les jours qui suivent l’exposition, il est normal de présenter des réactions émotionnelles intenses.

Ainsi, des manifestations cliniques inhabituelles peuvent apparaître telles que des réactions de sursaut, d’hyper-réactivité à des bruits pouvant rappeler l’événement, mais également des reviviscences sous la forme de flash-back ou de cauchemars, ainsi que des comportements d’évitement de certaines situations en lien avec l’événement.

Chez le très jeune enfant, nous pouvons également observer des comportements de régression (par exemple, l’enfant refait pipi au lit ou reparle comme un bébé, l’enfant présente des difficultés à s’endormir seul…) et/ou de collage (l’enfant a besoin d’une présence constante et ne peut pas se séparer de son parent, par exemple si celui-ci veut prendre une douche).

Ces réactions sont secondaires à une activation des mécanismes de survie qui permettent habituellement de fuir face à un danger. Dans la majorité des cas, elles disparaîtront progressivement avec le retour à un environnement habituel et sécurisé.

Durant le premier mois, ces manifestations sont normales. Par contre, si ces signes cliniques persistent et ont des répercussions sur le quotidien de l’enfant, cela est pathologique et l’on parle alors de Trouble de Stress post-traumatique (TSPT). Le TSPT traduit une persistance de l’activation des mécanismes de stress alors que le danger a disparu.

Un monde autocentré

Les réactions de l’enfant seront influencées par le vécu et les réactions des proches, en particulier celle de ses parents, qui constituent des figures de référence. Aussi, il est important que vous, parents, écoutiez et répondiez de manière honnête et cohérente à votre enfant, avec des mots simples, factuels et rassurants, afin de créer un environnement favorable où il peut poser des questions sans qu’on le force à le faire.

Le fait pour l’enfant de savoir qu’il peut parler de ce qui s’est passé aux adultes le sécurise et dédramatise déjà considérablement la nature de l’événement et le rend moins tabou.

Pratiques du pédopsychiatre face aux effets de la Covid-19 (Centre national audiovisuel en santé mentale).

Mettre des mots sur ce que l’on ressent permet d’appréhender différemment un événement qui peut faire peur et donc de commencer à maîtriser ce qui arrive. C’est lorsqu’un enfant perçoit une forte émotion, ou une peur, et qu’aucun mot n’y est associé qu’il sera plus en difficulté. Il risque alors de se forger une représentation souvent pire que la réalité.

Il ne faut pas oublier que le monde de l’enfant est un monde autocentré ; il pense que tout ce qui l’entoure s’organise autour de lui. Dès qu’un événement se produit, il aura donc tendance à imaginer qu’il est responsable de ce qui est arrivé.

En outre, nous vivons chacun les événements de vie, aussi terribles soient-ils, de manière très différente. Par conséquent, il est important de différencier son vécu personnel de celui de son enfant, afin de pouvoir accueillir ses pensées, ses ressentis et ses réactions au plus près de ce qu’il éprouve. Si l’enfant ne souhaite pas s’exprimer, il est préférable de ne pas insister. Mais laissez la porte ouverte, en lui disant que vous serez là pour en parler s’il en éprouve la nécessité.

Durant les jours qui suivent un événement exceptionnel, des aménagements passagers permettant de sécuriser votre enfant sont possibles. Dès lors, vous pouvez vous autoriser à privilégier des activités familières et distrayantes, et à restaurer des rituels rassurants. Par exemple, après les attentats de Nice et de Strasbourg, nous avons conseillé aux parents de certains jeunes enfants ayant vu les corps de personnes décédées que leur enfant puisse passer une ou deux nuits dans le lit parental afin de les sécuriser.

Il existe autant d’aménagements possibles que de situations. En fonction du vécu de l’enfant et des habitudes antérieures il est possible de remettre une veilleuse ou de reprendre un ancien un doudou pendant quelques nuits…

Si certaines manifestations cliniques (comme des cauchemars, des flash-back, des comportements d’évitements…) persistent un mois après l’événement avec une répercussion de la symptomatologie sur le quotidien qu’il est important de consulter un professionnel en psycho-traumatologie (cf. recensement établi par le Centre National de ressource et de Résilience, CN2R).

Votre enfant vous pose des questions sur le terrorisme

Le terrorisme fait partie de notre environnement actuel. L’occulter n’aidera pas l’enfant, même si cette attitude est motivée par le souci de le protéger. L’enfant ne vit pas déconnecté du monde. Il est donc important de lui demander ce qu’il a entendu et compris du terme « terroriste ».

En effet, l’enfant a fréquemment une représentation et/ou des théories personnelles par rapport à un événement. Il est donc précieux de recontextualiser les choses, notamment la rareté de ce qui s’est passé et d’insister sur les éléments de protection qui existe : l’enfant n’est pas seul mais entouré par des adultes (parents, enseignants, policiers…), qui font et feront toujours le maximum pour garantir sa sécurité.

Enfin, une attention toute particulière doit être portée à l’exposition aux écrans. En effet, il est préférable de ne pas laisser un enfant seul devant un écran, surtout après l’exposition à un événement traumatique, d’autant plus que celui-ci a été fortement médiatisé.

En fonction de son âge, il est possible de décrypter les images avec lui, mais en évitant les chaînes d’informations. En effet, dans les moments de stress, les mécanismes de sidération psychique peuvent être fortement activés et l’exposition aux chaînes d’informations en continu peut les entretenir, d’autant plus qu’il n’y a aucun moyen de protection face à une image, même s’il y a des mises en garde avant la diffusion de certains reportages.

Votre enfant vous pose des questions sur le confinement et la pandémie

Être ou avoir été confiné peut amener un sentiment d’isolement, de désœuvrement et une forme de lassitude. Les préoccupations pour sa santé et celle de ses proches, les craintes exacerbées par des informations confuses sur l’évolution de la situation peuvent induire et/ou majorer un désarroi.

Les réactions d’anxiété sont normales dans un contexte de peur et d’incertitude. C’est important d’identifier ces réactions et d’essayer de réduire la détresse qui y est associée notamment en ayant à l’esprit que cette période prendra fin et que la « vie normale » reprendra son cours, mais également en rappelant à votre enfant que l’adoption des gestes barrières permet d’agir concrètement sur la diffusion du virus.

L’élément générateur de stress est la situation d’incertitude, nécessitant une adaptation constante et créant un sentiment de passivité. Dans ce contexte, vous pouvez proposer à votre enfant de l’aider à trouver des informations exactes et actualisées, en privilégiant les sources officielles et en évitant la surconsommation d’informations qui peut être vecteur de stress pour l’enfant. Cela sera comme une mission pour votre enfant.

En outre, en cette période où le domicile est plus investi et occupé qu’habituellement, il est important de respecter les besoins d’intimité de votre enfant, par exemple en compartimentant le lieu de confinement pour que chacun puisse bénéficier d’un espace à lui.

Il est important aussi de conserver un certain nombre d’activités quotidiennes à l’extérieur et de structurer sa journée (notamment en s’habillant différemment pour la journée et la nuit, en veillant à respecter son rythme habituel de sommeil, en se gardant des moments de pause et de plaisir pour le week-end et les vacances…).

Le sommeil est le meilleur allié de notre santé mentale et de notre immunité ! (CN2R Officiel).

Le cadre scolaire est riche en interaction pour votre enfant. L’enfant, même très jeune, y a sa propre vie sociale. Ainsi, même pour de jeunes enfants, il est important de rester en contact avec ses camarades. N’hésitez pas à maintenir un contact numérique en préférèrent les appels téléphoniques et vidéos. S’entourer de personnes bienveillantes et soutenantes est un facteur protecteur très important, même lorsque l’on est adulte…

Enfin, n’hésitez pas à informer votre enfant de la solidarité́ existante : il y a de nombreuses personnes qui aident les personnes touchées par la pandémie. C’est une bonne occasion de montrer aux enfants que, lorsque quelque chose de difficile arrive, il y a aussi des changements très appréciables. Il s’agit d’une période particulièrement inédite et historique, et c’est souvent dans les moments « d’adversités » qu’on se forge et de bons souvenirs peuvent également en émerger…



Julie Rolling, Pédopsychiatre, Université de Strasbourg

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons.

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