Nice

« ce n’est pas un cabanon ! »

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Martine Bayard, fille de l’architecte du théâtre national de Nice (TNN) s’oppose au projet de Christian Estrosi de raser le bâtiment. Elle dénonce une « atteinte au droit moral » face à « l’intérêt public » avancé par la mairie et veut défendre « une oeuvre, un principe et un site. »

C’était une annonce surprise de la campagne des élections municipales de 2020 :  le projet choc du maire LR Christian Estrosi de prolonger la « coulée verte » sur huit hectares en rasant le TNN et le palais des congrès Acropolis est sur les rails depuis janvier, et l’appel d’offres a été lancé pour 75,6 millions d’euros, contre 33 millions annoncés avant le scrutin.

Sur cette vue projetée ne resterait que « La Tête carrée » (Elle abrite les bureaux de la bibliothèque municipale), le Palais de Congrès Acropolis ayant disparu :

Le bâtiment actuel situé, promenade des Arts, a été inauguré en 1989 par le maire de l’époque, Jacques Médecin. Il est de forme octogonale et est dû à l’architecte Yves Bayard associé à Henri Vidal. La Promenade des Arts est alors un lieu destiné à mêler les différents arts, y sont associés le TNN et le MAMAC. Le célèbre Musée d’art moderne et d’art contemporain de Nice y voyait le jour il y a 31 ans. 

Cette Promenade de par le choix architectural de recouvrir le cours du Paillon a permis par ailleurs, de relier deux quartiers, alors auparavant séparés. C’est un site exceptionnel, un lieu réunissant les arts vivants et les arts plastiques, 

rappelle Martine Bayard la fille de l’architecte.

Et d’ajouter « la réalisation architecturale proposée par Yves Bayard est tout a fait originale par la conception de ces deux éléments monumentaux indissociables tant par leur forme complémentaire que par la complémentarité de leurs fonctions culturelles. » Pour elle, qui à l’époque avait assuré aux côtés de son père la mise en forme de catalogue et des de publications de communication sur le projet, « la ville ne rend pas compte aujourd’hui de la chance qu’elle a d’avoir a pareil lieu. »

Je veux défendre, une oeuvre, un principe et un site.

Martine Bayard

Document sur la création du TNN et de la Promenade des Arts à Nice en 1989.

Document sur la création du TNN et de la Promenade des Arts à Nice en 1989.

© Martine Bayard

C’est pas la presse en janvier de cette année qu’elle a appris le souhait du maire de détruire le TNN. « j’avais vaguement eu vent du projet l’an dernier, mais la crise sanitaire et l’actualité du moment avaient mis en coulisses cette information… »

Après avoir contacté l’ADAGP, la société des auteurs dans les arts graphiques et plastiques qui défend leurs droits, elle se voit confirmer qu’étant à 58 ans, seule ayant-droit d’Yves Bayard elle est bien propriétaire de l’oeuvre au titre du droit moral. Il d’agit d’un droit perpétuel, même après le décès de l’auteur, et même après l’extinction des droits patrimoniaux. 

Bien sûr, rien n’est éternel, mais c’est une oeuvre assez récente. Si les oeuvres de mon père n’étaient pas appréciées, dites-moi pourquoi à Limoges le bâtiment central de la technopole Ester est-il classé ?

proteste Martine Bayard, 

Cet architecte de renommée internationale décédé en 2008 et enterré à La Colle sur Loup dans les Alpes-Maritimes, est le père de nombreuses réalisations sur la Côte d’Azur dont « La Tête carrée », un cube dont l’une des façades forme un visage inspiré d’un modèle de son ami sculpteur Sacha Sosno est aussi signée de lui. Il est le père des sculptures dites habitées.

Vivant à Paris, Martine Bayard a demandé un rendez-vous avec le maire de Nice. « La suggestion de la mairie est de trouver un accord, mais je ne vois pas comment trouver un accord, hormis de ne pas supprimer le bâtiment », dit-elle.

Selon elle, l’oeuvre de son père peut s’adapter et évoluer.

Pas intangible et absolu

Par un communiqué, le cabinet du maire précise que « le droit au respect de l’intégrité d’une oeuvre architecturale n’est pas intangible et absolu » et « un ouvrage public peut évoluer ou être démoli en raison de l’intérêt public. Notre réalisation de forêt urbaine, 8 hectares de verdure en plein centre-ville, 50 tonnes de carbone absorbées par an grâce à la végétalisation plantée, 40% de bruit en moins et 2 à 3 degrés de baisse de la température de l’air, représente bien un aménagement d’intérêt général. »

La ville affirme démontrer son attachement à l’oeuvre d’Yves Bayard en conservant « la partie centrale et significative » qu’est le bâtiment du Musée d’art moderne et contemporain (Mamac), « insuffisamment mis en valeur » actuellement.

Selon la fille du créateur du site, le bâtiment du TNN pourrait s’intégrer au projet de « forêt urbaine » par l’ajout de passerelles. « Celles-ci existent déjà ! Elles étaient prévues dès la conception de l’ensemble de la « Promenade des Arts » en 1988-1992. Il y a une totale possibilité d’évolution du bâtiment », assure-t-elle.

Les équipements sont obsolètes et nécessiteraient 18 millions d’euros de travaux pour s’adapter aux exigences actuelles,

selon la mairie.

Pour Martine Bayard, mieux mettre « 18 millions dans des travaux que 75 millons dans cette destruction ».

Christian Estrosi doit la recevoir, en compagnie de son adjoint au patrimoine Gérard Baudoux. La fille de l’architecte nous a dit espérer que « l’intelligence l’emportera et qu’il ne s’agit pas d’un projet pour marquer la ville d’une signature ».

La date du rendez-vous n’est pas encore fixée, le lieu non plus. 





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